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Réseau qui ralentit avec la croissance : pourquoi la box qui suffisait à 3 employés craque à 15

Un réseau qui ralentit d’année en année, alors que l’abonnement internet n’a pas changé, n’est presque jamais un problème de fibre. C’est un problème de dimensionnement : personne n’a recalculé la charge depuis le jour de l’installation. La bonne nouvelle, c’est que ce calcul, vous pouvez le faire vous-même en dix minutes — avec vos chiffres, pas ceux d’une brochure.

Le scénario qui revient à chaque audit réseau

Trois employés, une box internet standard installée à l’ouverture, tout fonctionne. Trois ans plus tard : 15 employés, des smartphones professionnels, des caméras ajoutées progressivement, des outils cloud et de la visioconférence devenus quotidiens. Le contrat internet n’a jamais changé, et personne n’a remis en question la box installée au départ — elle « marchait » alors. Résultat : le Wi-Fi coupe aux heures de pointe, les visios gèlent, la synchronisation cloud tourne en boucle.

Le réflexe classique est d’appeler le fournisseur d’accès, qui confirme que la ligne est saine. Il a raison. Le problème n’est pas la ligne, c’est ce qui la distribue — et le nombre d’appareils qui se la partagent aujourd’hui, sans commune mesure avec le jour de l’installation.

Calcul n° 1 : ce que la visioconférence demande vraiment

Ici, inutile de croire un chiffre trouvé sur un blog : Microsoft publie les besoins de Teams dans sa documentation officielle de préparation réseau. Deux points en ressortent, et le second est celui que tout le monde manque.

D’abord les valeurs. Microsoft indique que Teams « est toujours prudent sur l’utilisation de la bande passante et peut fournir une qualité vidéo HD en moins de 1,5 Mbits/s ». Sa table de dimensionnement donne, pour une réunion, 250 kbit/s au minimum, 2,5 Mbit/s en valeur recommandée et 4 Mbit/s pour les meilleures performances, en émission comme en réception.

Ensuite la subtilité : ces valeurs sont, textuellement, « basées sur l’utilisation par point de terminaison ». Un point de terminaison, c’est un appareil, pas une réunion — et un même salarié connecté sur son ordinateur et son téléphone en compte deux. La bande passante ne se multiplie donc pas par le nombre de participants à une réunion, mais par le nombre d’appareils de votre bureau engagés en même temps.

Le calcul devient simple. Comptez le nombre de collaborateurs susceptibles d’être en visio à la même heure — typiquement le pic du mardi matin — et multipliez par 2,5 Mbit/s :

8 personnes en visio simultanée × 2,5 Mbit/s = 20 Mbit/s réservés à la visio, en montant et en descendant.

C’est le débit montant qui fait mal : une offre grand public asymétrique peut annoncer 500 Mbit/s en descente et beaucoup moins en montée. Vérifiez cette valeur sur votre facture, pas sur la publicité.

Calcul n° 2 : les caméras, la charge que personne ne budgète

Les caméras ne s’arrêtent jamais. Contrairement à la visio, leur flux est permanent — 24 heures sur 24, week-end compris. Là encore, pas besoin d’un chiffre générique : le débit exact de vos caméras est écrit sur leur fiche technique, à la ligne « bitrate » ou « débit binaire », et il est réglable dans leur interface.

La méthode : relevez le débit configuré de chaque caméra, additionnez, et comparez au débit montant de votre ligne si les images partent vers un enregistreur distant ou un cloud.

6 caméras réglées à 4 Mbit/s = 24 Mbit/s en continu, en plus de tout le reste.

Si vous ne trouvez pas la valeur, elle dépend de trois réglages que vous pouvez lire dans l’interface de la caméra : la résolution, le nombre d’images par seconde et le codec. À résolution égale, passer de H.264 à H.265 réduit nettement le débit ; diviser par deux le nombre d’images par seconde le réduit aussi. Une caméra de surveillance de vitrine n’a pas besoin de 30 images par seconde.

Ce que l’ANSSI recommande pour ces caméras — et qui règle aussi le problème réseau

Le trafic vidéo ne devrait de toute façon pas partager le réseau des postes de travail, et ce n’est pas qu’une question de performance. L’ANSSI le formule comme une exigence de sécurité dans son guide Recommandations sur la sécurisation des systèmes de contrôle d’accès physique et de vidéoprotection (ANSSI-PA-72, version 2.2 du 8 avril 2025).

Sa recommandation R10 demande de cloisonner physiquement le système de vidéoprotection du reste du système d’information — et elle précise qu’un cloisonnement physique « soit privilégié par rapport à un cloisonnement logique (VLAN par exemple), dont le niveau de robustesse peut être insuffisant dans ce contexte ». Sa recommandation R16 explique pourquoi : si les équipements peuvent se parler librement, cela « accroît fortement la surface d’attaque […] puisqu’il est alors possible pour un attaquant d’atteindre tous les dispositifs à partir de l’interface réseau d’un de ces équipements ».

Autrement dit, séparer le réseau des caméras résout deux problèmes d’un coup : il retire une charge permanente du réseau bureautique, et il évite qu’une caméra compromise serve de tremplin vers les postes et la caisse. L’ANSSI ajoute (R15) qu’il faut privilégier le filaire au Wi-Fi pour ces dispositifs, le sans-fil augmentant « très significativement l’exposition des dispositifs aux attaques logiques ».

Calcul n° 3 : le Wi-Fi n’a pas qu’une limite de portée

Un signal qui « passe partout dans les bureaux » ne dit rien de sa capacité. La raison est physique, pas commerciale : le Wi-Fi est un média partagé et semi-duplex. Sur un canal donné, un seul appareil émet à la fois ; tous les autres attendent leur tour. Ce n’est pas un défaut de votre matériel, c’est le fonctionnement même de la norme 802.11.

La conséquence pratique : chaque appareil actif supplémentaire réduit le temps d’antenne disponible pour tous les autres. Ce qui compte n’est donc pas le nombre d’appareils connectés, mais le nombre d’appareils qui émettent en même temps — et la vitesse à laquelle chacun libère le canal. Un appareil ancien, ou éloigné et donc en débit réduit, occupe le canal plus longtemps pour transmettre la même quantité de données, et pénalise tout le monde.

Le comptage à faire, un jour de forte activité : postes de travail + smartphones professionnels + téléphones personnels connectés au Wi-Fi + caméras + imprimantes + tout objet connecté. Le total dépasse presque toujours l’estimation faite de tête — c’est ce total, et non le nombre de salariés, que votre équipement doit soutenir.

Les signaux à repérer avant la panne complète

Un réseau sous-dimensionné prévient avant de lâcher : coupures Wi-Fi concentrées aux heures d’affluence (arrivée du matin, retour de pause déjeuner), visioconférences qui gèlent dès que plusieurs personnes sont en réunion en même temps, synchronisation cloud qui tourne sans jamais finir, nouvel arrivant qui ne parvient pas à se connecter correctement.

Ce ne sont pas des pannes isolées à traiter une par une. C’est le symptôme d’un réseau qui a grandi par accumulation, sans qu’aucun dimensionnement n’ait jamais été refait depuis les débuts.

Ce qu’un dimensionnement réseau managé change

Le principe n’est pas de tout remplacer au premier ralentissement, mais de repartir des trois calculs ci-dessus — appareils réellement actifs, débit montant nécessaire, charge permanente des caméras — puis d’y adosser un matériel dont la capacité et le suivi des correctifs sont prévus pour cet usage. Concrètement, cela passe par une infogérance réseau managée : dimensionnement sur la charge réelle et non celle du premier jour, séparation des flux sensibles conformément aux recommandations de l’ANSSI, et suivi de la capacité pour anticiper le palier suivant plutôt que de le découvrir en pleine réunion.

À retenir

Un réseau qui ralentit avec la croissance n’est ni une fatalité ni un problème de fournisseur d’accès. Faites les trois calculs avec vos propres chiffres : le nombre d’appareils en visio simultanée multiplié par 2,5 Mbit/s selon la table officielle de Microsoft, la somme des débits de vos caméras en continu, et le décompte réel des appareils Wi-Fi actifs un jour chargé. Si le total dépasse ce que votre ligne monte et ce que votre équipement encaisse, le diagnostic est fait — avant la panne, pas après.

Sources : Microsoft Learn, « Préparer le réseau de votre organisation pour Teams » — table de bande passante et notion de point de terminaison, ANSSI, « Recommandations sur la sécurisation des systèmes de contrôle d’accès physique et de vidéoprotection » (ANSSI-PA-72, v2.2, 08/04/2025), recommandations R10, R15 et R16.

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